jeudi 26 mars 2020

Milena

Jour 13 de confinement avant de partir inutilement à l'aéroport.
Jour 2 de confinement en Espagne après la course inutile vers l'aéroport.
"Deux interminables journées - le monde s'était fracturé en deux camps: chez moi et l'étranger...
... Depuis lors, je nourris une méfiance secrète envers ce que jadis je nommais le monde. Certes, j'y ai vu une foule de belles choses, une longue suite d'impressions merveilleuses, de rues, de connaissances, d'enthousiasmes - mais en quoi cela me concernait-il? Naguère, j'y avais placé toute ma confiance ; elle s'est brisée en morceaux... j'ai vu que le monde est quelque chose de continu et d'accessible, qu'il est certes plus vaste que je ne croyais, mais aussi fragmenté en journées de chemin de fer, à soixante kilomètres à l'heure en moyenne, et que dans toute cette immensité il n'offre pas le moindre refuge pour je ne sais quel recommencement, pour des vies nouvelles.


J'ai vu avec une clarté aveuglante que dans le monde il n'est qu'un seul milieu sur lequel je puisse me reposer, toi-même, mon pauvre coeur, si petit que tu tiendrais dans le creux d'une main...
... si je ne peux compter que sur moi alors plutôt mourir, ai-je dit. Si je ne peux compter que sur moi, alors tout est absurdité, stupidité, sottise."
Milena Jesenskà morte au camp de concentration Ravensbrück 1944





Il y a des gens qui regardent leur horoscope chaque jour, il y en a d'autres qui tirent une carte de tarot de Marseille ou du tarot Zen, pour orienter leur journée, ma petite folie quotidienne est d'ouvrir un livre, choisi selon mon humeur, pour lire la page ouverte au hasard. Avant-hier, je pensais à Milena Jesenskà. Une auteur inclassable. J'ai ouvert ce livre, Ma Vie, et je suis tombée exactement à la page et l'extrait que j'aurais voulu trouver.
Avant-hier, à l'aéroport, je voyais les files de gens anxieux, de personnes désagréables qui s'exprimaient avec agressivité je revoyais les images des films de la seconde guerre mondiale alors que les Juifs faisaient les files et se bousculaient parfois pour monter dans les trains vers la mort sans le savoir.
Alors qu'on leur avait fait miroiter et incités à prendre le train vers des camps de travail. Une tristesse infinie m'a envahie.
J'ai eu beaucoup de peine en y pensant. Beaucoup. Mes yeux se sont brouillés. Mon amie pensait que je me sentais mal.
Pendant que je revoyais dans ma tête ces images d'horreur tant de fois lues et vues au cinéma, à l'aéroport de Malaga, je ressentais l'anxiété des personnes qui faisaient les files alors qu'elles étaient assurés d'arriver sains et saufs à destination... ou à tout le moins peut être porteurs du virus ou malades mais entre bonnes mains.
Je nous souhaite de passer au travers de cette vilaine période avec pour réelle direction dans nos vies, notre coeur.
Prenez bien soin de vous! Je fais pareil ici à 6000 km. Et je ne bouge plus avant d'avoir de nouveau terminé, en l'espérant, ma deuxième quarantaine, avec pour compagne, l'immensité de la mer.

Aucun commentaire:

Publier un commentaire