jeudi 29 décembre 2016

Claudine Bertrand, un doctorat Honoris Causa et le Prix littéraire Alexandre Ribot

DOUBLE RECONNAISSANCE À L'ÉTRANGER POUR CLAUDINE BERTRAND 

Dommage qu'au Québec nous ne parlons pas de littérature ou si peu! Lire c'est vivre plus!

Nous ne parlons pas des poètes, ou si peu.

Nous n'accordons pas d'espace à la poésie ou si peu!

Ces espaces sont-ils réservés à un cercle fermé? Qui s'auto-congratule sans s'ouvrir aux autres ? Je me suis tant posée cette question depuis tellement d'années. En suivant l'actualité littéraire ici et ailleurs.

L'identité se définit aussi par sa culture, sa littérature, sa poésie et par leurs figures de proue.

lundi 5 décembre 2016

J'ai vu la Kahina au Théâtre La Chapelle à Montréal


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J'ai entendu ses premières paroles :
Et j'atterris dans ce monde viril gratifiée d'une fente entre mes jambes de poupée en chair. 
Photo Victor Diaz Lamich 
Je me calais dans mon siège comme autrefois en 1970. C'était la dernière fois qu'un spectacle m'avait autant bouleversée. J'avais entendu le Speak White de Michèle Lalonde et je commençais alors à ne plus me sentir seule.

J'intégrais alors la solitude des Québécois dans la marée nord-américaine en écoutant les paroles déclamées s'entremêler sur la scène, dans deux des trois langues que je parlais alors, l'une d'entre elles par nécessité, l'anglais, car nous n'étions pas acceptés dans les écoles françaises catholiques parce que juifs.

Ces mots matraques avaient trouvé un écho chez la jeune exilée que j'étais et cristallisé mon appartenance au nouveau monde en retrouvant une nouvelle terre, celle d'Euchariste Moisan et d'Alphonsine sur leurs Trente Arpents, que je venais de découvrir.

... Speakwhite
 Le soleil se couche chaque jour de nos vies à l'est de vos empires... ... parler un Allemand impeccable une étoile jaune entre les dents... ... Nous savons que la liberté est un mot noir Comme la misère est nègre Et comme le sang se mêle à la poussière des rues d'Alger et de Little Rock.
 Speak White 

Pendant la nuit de la poésie, j'avais vu les rues d'Alger, celles de Tunisie et celles si familière du Maroc.

Ce vendredi soir 2 décembre 2016, j'ai fait le chemin inverse. C'était la culture enfouie dans mes gènes qui refaisaient surface. Et Damia Tadmaït (son nom juif), appelée Dihya (son nom berbère) - la belle gazelle en tamazight, surnommée la Kahina (son nom arabe) - prendre une forme jusque-là jamais vraiment aussi claire. D'Alger en Tunisie, dans les rues où se sont mêlés son sang à la poussière.

Chaque fois que j'ai lu et relu le livre de Karim Akouche, j'ai pleuré. Je connais les mots et les phrases sans ponctuation de ce livre : Toute femme est une étoile qui pleure

Pourtant, j'ai revu défiler sur la scène du Théâtre La Chapelle à Montréal ma mère, morte il y a 15 ans. J'ai entendu ses cris étouffés résonner, ceux de ma sœur, de mon amie excisée, les miens pour avoir reculé devant le poids des traditions et ceux de tant de femmes rencontrées au hasard.
Et je heurtai de tout mon blasphème les pesantes traditions comme on heurte un rocher d'ardoise ou une montagne de bronze

Photos: Victor Diaz Lamich
J'ai vu la reine berbère, la Kahina, première féministe de l'Histoire, haranguer ses troupes pour résister à la conquête des Omeyyades. 

Je l'ai vue moderne. Habillée en jeans, sweatshirt et capuche enfoncée pour ne regarder que la terre et éviter le regard des hommes « virils de ses entrailles ».

Je l'ai vue poursuivre sa lutte sans fin contre les ostracismes, contre la haine, le pouvoir inutile, les mal-pensants et les autres.  

Et j'ai vu la tête de la Kahina rouler. Décapitée comme on décapite encore aujourd'hui ailleurs.

J'ai vu Marie-Anne Alepin, la divine vivante comédienne, se réapproprier sur scène ses racines syriennes. J'ai senti ses émotions grandir sous les mots revolvers, pendant que, par effet miroir, je me réappropriais mes propres racines, ma propre douleur de l'exil. La nuit de la poésie me rappelant à l'ordre d'une autre identité gagnée.

Puis leur ombre s'est confondue. J'ai vu la poétesse Mririda N'Aït Attik détourner sa vie par trop de médisance et la finir à Tassaout, en traçant et retraçant à l'infini des cercles autour d'elle en totale solitude.          

 Personne n'y était. Et pourtant on dit...
L'oreille est complaisante à la médisance
Maudits soient la langue et son venin ! 

J'ai vu les femmes de Tassaout se mêler à la Kahina.

J'ai vu les femmes autochtones du Québec perdre leur identité et leur dignité.

J'ai vu les femmes yézédies, kurdes, syriennes, saoudiennes, iraniennes, celles d'Afrique et d'Amérique du Nord... j'ai vu toutes les femmes guerrières.

Je connais le joug et l'injustice divine
Je connais la religion qui a fardé la nature
qui a enveloppé de la tête aux pieds les statues dans les jardins publiques 

J'ai aussi vu un homme, Raif Badawi, et tous les prisonniers d'opinion, poètes, journalistes, blogueurs, facebookeurs, twitteurs, séquestrés, hurler du fond de leur prison l'injustice du monde sans qu'aucun son ne sorte de leurs lèvres cousues et que leur plume leur a été arrachée.

C'était au 8e siècle après Jésus-Christ, c'était au 20e siècle et ça continue au 21e siècle.

Dieu perd la face quand il s'attaque à une femme.

On ne tue pas la femme libre...

Dieu perd la face quand il s'attaque aux hommes libres, aux femmes libres, aux enfants qui aspirent à la liberté des adultes.

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 De la très fine mise en scène de Francine Alepin, Toute femme est une étoile qui pleure du livre de Karim Akouche, Éditions Dialogue Nord-Sud, 2013. Au théâtre La Chapelle les 8 – 9 - 10décembre 2016.

jeudi 29 septembre 2016

«Mon combat pour sauver Raïf Badawi» d'Ensaf Haidar

Le roi Salman Salmane Ben Abdelaziz al-Saoud a accueilli l'honorable Stéphane Dion, ministre des Affaires étrangères au Canada. Puisse le roi Salman être sensible, en cette veille de Ramadan, aux appels répétés de clémence envers Raïf Badawi.
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Préface du livre d'Ensaf Haidar par Évelyne Abitbol : Mon combat pour sauver Raïf
Vous tenez entre vos mains un livre qui risque d'irriter ceux qui ont enfermé Raïf Badawi. Car tous les faits rapportés dans ce livre sont véridiques. D'où son intérêt. Chaque mot a été pesé et soupesé avec la collaboratrice d'Ensaf Haidar, Andrea C. Hoff mann, et l'interprète Savane Al-Hassini.
2016-05-23-1464012755-1977700-HAIDAR_MONCOMBATPOURSAUVERRAIFBADAWI.jpgCe livre est le résultat de centaines d'heures passées à se remémorer en détail l'incroyable parcours de Raïf et celui d'Ensaf, l'arrivée dans leur vie de leurs enfants - Najwa, Doudi et Miriyam -, sans omettre la douleur que certains souvenirs ont fait émerger. Il a fallu trouver le mot juste pour exprimer l'itinéraire tumultueux de cet homme qui a voulu croire que les droits de l'homme étaient des droits universels et non pas uniquement un privilège de l'Occident. Pour avoir osé dire non, pour avoir résisté, il a payé le prix fort.
Dans ce livre, des images surgissent: son enfance racontée tel un conte absurde et cruel, hantée par un ogre qui se croit tout-puissant, puis les tribulations de sa famille, obligée de s'exiler et qui parvient finalement à s'établir au Canada en 2013, alors que lui croupit dans une prison d'Arabie saoudite, au milieu de criminels, après un simulacre de procès.

dimanche 24 avril 2016

Charlie Chaplin - Discours - Le Dictateur - 1940




« Espoir... Je suis désolé, mais je ne veux pas être empereur, ce n'est pas mon affaire. Je ne veux ni conquérir, ni diriger personne. Je voudrais aider tout le monde dans la mesure du possible, juifs, chrétiens, païens, blancs et noirs. Nous voudrions tous nous aider si nous le pouvions, les êtres humains sont ainsi faits. Nous voulons donner le bonheur à notre prochain, pas lui donner le malheur. Nous ne voulons pas haïr ni humilier personne. Chacun de nous a sa place et notre terre est bien assez riche, elle peut nourrir tous les êtres humains. Nous pouvons tous avoir une vie belle et libre mais nous l'avons oublié.

L'envie a empoisonné l'esprit des hommes, a barricadé le monde avec la haine, nous a fait sombrer dans la misère et les effusions de sang. Nous avons développé la vitesse pour nous enfermer en nous-mêmes. Les machines qui nous apportent l'abondance nous laissent dans l'insatisfaction. Notre savoir nous a fait devenir cyniques. Nous sommes inhumains à force d'intelligence, nous ne ressentons pas assez et nous pensons beaucoup trop. Nous sommes trop mécanisés et nous manquons d'humanité.



jeudi 7 janvier 2016

Ce sont eux qui étaient Charlie!




C'était bien, il y a un an? Et c'était ensuite il y a deux mois? Puis c'était il y a quelques jours?
Non. Ça ne s'est pas produit uniquement pendant ces bien macabres journées qui nous ont tous laissés en deuil d'une part de nous-mêmes, celle de la liberté de penser et d'exprimer ses pensées à notre manière. 
Les crimes contre la liberté d'expression ont été commis tous les jours en 2015. 
Nous avons aussi basculé pendant les premiers jours de 2016 dans une autre série d'un autre ordre.
Oui. Tous les jours, il y a eu des crimes odieux commis au nom d'Allah; depuis ce triste anniversaire où tous les leaders du monde entier (ou presque) se sont donnés la main pour dénoncer les innommables meurtres commis à Paris contre Frederic Boisseau, Franck Brinsolaro, Cabu, Elsa Cayat, Charb, Bernard Maris, Mustapha Ourrad, Michel Renaud, Tignus, Georges Wolinski.