lundi 27 décembre 2010

El Hank Le phare de Casablanca publié dans Triptyque



13 avril 1964. C’est ce jour là que je l’ai aperçue du haut des airs, puis j’ai respiré à pleines narines ses phéromones. En descendant de l’avion, la magie a opéré. J’étais traversée de toutes parts. Je la reconnaissais. Comme si pendant toute ma petite enfance, je n’avais attendu que cela. C’était elle : la liberté promise par mes parents au départ de l’aéroport de Casablanca Je ne saisissais pas à l’époque la portée de cette déchirure.

Dans ma chambre, face au port de Casablanca, la dernière nuit, le phare l’éclairait par intermittences. Sa lumière me berçait et m’endormait. Je m’amusais à projeter mes joies futures sur le mur balayé par la lumière auxquelles succédaient mes peurs lorsque l’ombre gagnait sur la clarté. Le phare faisait de la magie noire et blanche et opérait sur mon corps je ne sais quel rituel.

Je me souviens de m’être accrochée à la lumière du phare comme à une bouée de sauvetage. Comme si la réponse à toutes mes questions tenait dans sa lumière.


Au départ du Maroc, « j’avais le cœur à marée basse » comme le dit la chanson et des envies d’océan. Ce qui me séduisait était cette liberté promise. Une liberté de vacances où la vie même devient un jeu.

Pourtant la famille, les amis, tous nous observaient du coin de l’œil, partir comme si nous n’allions jamais plus nous revoir. Toute la famille se tenait sur le balcon extérieur de l’aéroport. Je me souviens de les avoir observés du hublot rapetisser jusqu’à ce qu’ils ne deviennent qu’un petit point minuscule et que la mer apparaisse du haut des airs.

Dans ma tête de jeune adolescente, il se passait quelque chose d’incompréhensible. Mes parents parlaient en arabe entre eux pour ne pas que nous comprenions. –Ce qu’ils ont su beaucoup plus tard c’est que nous comprenions tout ce qu’ils murmuraient. Nous avions été élevés par des grands-parents qui parlaient en arabe et la bonne qui vivait à la maison s’adressait à nous en arabe.
Ce qui se disait, dans cette langue magnifique, a pris un sens beaucoup plus tard dans ma vie. L’indépendance du Maroc (1956, les départs des Juifs, l’exode vers Israël, la crainte d’enlèvements de petites filles juives, les voitures ou les maisons incendiées pendant la nuit, etc.) les menaces réelles, imaginaires ont provoqué un sentiment d’insécurité et d’instabilité dans la population de confession israélite.

Cette période a été vécue par certains comme une libération, je pense à mon père, musicien, qui rêvait à l’Amérique en nous réveillant le matin sur des airs de Summertime, en jouant du Benny Goodman à la clarinette ou du Charlie Parker sur un saxophone tenor acheté d’un ami exilé à Chicago, ou en nous louant les films de Charlie Chaplin, Buster Keaton, Laurel et Hardy tous les week-end chez le vendeur de films 8 millimètres du coin. Le rêve américain était au rendez-vous. Mon père parlait l’anglais et je me demandais s’il n’avait pas inventé toute cette histoire d’enlèvement de petite fille pour hâter notre départ.

Nous avions obtenu deux visas : un pour les États-Unis (demandé une dizaine d’années plus tôt) et un autre pour le Canada (demandé trois ans plus tôt). Il a fallu trancher ; un conseil de famille s'est tenu. Imaginez, trois enfants de moins de douze ans qui décident de leur vie future ! Bien des années plus tard, mes parents, ont raconté cette discussion familiale qui a eu pour conclusion notre départ vers un pays francophone. C’était, disaient-ils, ma passion pour la littérature française, et mon désir de devenir un jour journaliste qui avait fait pencher la balance. J’avais passé mon enfance dans une école catholique de sœurs cloîtrées, suivie d’une scolarité à la mission catholique Claude Bernard puis au lycée Chawqui de Casablanca.

Et c’est, envahie par ce sentiment indéfinissable, que ma ville d’accueil vint me déposer un baiser sur la joue comme pour apaiser mon corps tremblant par peur du mystère. La déception fut aussi grande que l’espoir suscité. Sitôt arrivés, j’ai compris que nous n’étions pas vraiment les bienvenus en cette terre d’Amérique. Les écoles élémentaires nous fermaient leurs portes car nous n’étions pas catholiques bien que francophones. Comme nous ne parlions pas la langue anglaise, mon frère (18 mois de différence) et moi étions obligés d’intégrer une école anglaise. Quel curieux retournement ! Me voilà dans une école élémentaire avec ma petite sœur de sept ans ma cadette qui, elle, allait intégrer directement l’école pré- élémentaire en anglais.

Après avoir étudié découvert Voltaire, Racine, Molière, etc. dévoré le Petit Prince, Zadig, la Condition humaine, le Malade imaginaire, je me retrouvais dans une classe de 6e élémentaire ! Je me suis sentie dévalorisée. J’étais l’immigrante ignare qu’on parquait dans une classe. Du mois d’avril au mois de juin, j’allais en classe une journée sur deux. Et je commençais à fuguer pour retrouver un peu d’estime de moi, avec pour résultats la visite régulière de la police. Je ne comprenais pas ni n’avais la même définition du mot liberté que mes parents. Le conflit des générations se doublait d’un conflit des cultures, Le passage fut difficile.

Cependant dès le mois d’août, notre mère nous annonça une bonne nouvelle : La commission des écoles protestantes de Montréal accepterait, à condition de trouver suffisamment d’élèves, d’ouvrir quelques classes francophones dans une de ses écoles anglaises, bien connue des milieux montréalais pour y avoir vu grandir Mordecai Richler et Léonard Cohen: Baron Byng. Cette école, rue Saint-Urbain au coin de la rue Rachel, avait la réputation d’accueillir les membres de la communauté juive les moins fortunés. Ce fut fait. Les parents se sont regroupés et ont recueilli suffisamment de jeunes. Entre les Juifs, les protestants, les enfants d’athées, de laïcs convaincus, ce ne fut pas trop difficile de remplir les quelques classes du premier cycle d’école secondaire tout en maintenant des classes en anglais faute de professeurs francophones.

Au fil de mes études, j’appréciais de plus en plus Montréal, cette ville peuplée d’immigrants venus d’Europe, d’Afrique, du Moyen-Orient, d’Amérique latine. Elle m’envahissait, comme lorsque enfant je m’asseyais au bord de la mer et attendais patiemment que la marée haute vienne toucher mes orteils pour lentement laisser pénétrer les mystères de la mer. Le feu et l’eau. Ebullition.

J’ai guetté inlassablement les trésors que cette ville enfouis depuis sa naissance en 1642. Chaque rue, chaque arbre, chaque fenêtre, me parlait. Si une statue venait à être déplacée, ou un arbre venait à mourir, c’est comme si on venait toucher à l’une des blessures de l’enfance.

Luxe, rêve et élégance. Du quartier Côte-des-Neiges, où j’ai passé mon adolescence tumultueuse par refus de me conformer à la culture d’immigrante juive marocaine transplantée en Amérique du nord, à Ahuntsic, où j’ai vécu très peu d’années avec mon premier mari québécois, à Outremont, où j’ai passé quelques années avec mon deuxième mari québécois à Notre-Dame-de-Grâce, quartier qui a vu grandir mes deux enfants, j’ai fouillé, exploré, marché et humée profondément Montréal comme « on hume à longs traits le vin du souvenir ».

Elle a été témoin de ma joie, de mes déceptions, de mes peines. Et j’y ai vécu une révolution pas toujours tranquille. Mais toujours dans trois directions à la fois comme ce paquebot que l’on distingue à l’horizon de loin dans le vieux Montréal à gauche de la basilique Notre-Dame. Une invitation perpétuelle au voyage.

Le fleuve qui transporte ce bateau dans ses flancs a été témoin de cette révolution. Lui qui s’étend majestueusement a saisi que la seule manière d’ouvrir son cœur et son âme était de transporter toutes marques indélébiles vers la mer. Le Saint-Laurent, en mouvement, a déplacé inlassablement mes larmes vers la mer gaspésienne et les a déposées dans le coffre qui fait des allers-retours essoufflés de la terre à l’île Bonaventure en faisant un salut reconnaissant au passage au Rocher Percé pour s’éloigner vers Fès.

Montréal n’a pas échappé aux modes. Mais elle a gardé une personnalité unique. Et le coup de foudre s’est transformé en amour paisible. Enveloppant. Maternel et rassurant. Quand je la quitte, j’ai peur. J’ai peur de ne pas la retrouver. J’ai peur de la perdre. De me perdre. J’ai peur d’être abandonnée par elle. Elle a comblé un à un mes besoins vitaux. D’abord mes besoins de juive- arabo-rock-and-roll-québécoise de culture française catholique de France et anglo-protestante du Québec. Une juive arabe dont le destin a été contrarié.

Montréal, clairvoyante, fertile et immortelle, tu es comme le graal taillé dans un vase d’émeraude et digne de porter dans tes entrailles toutes les parties du monde.

C’est au fil de ces réflexions que, par un matin brumeux, je me suis trouvée dans une librairie de Montréal en plein quartier Côte des Neiges, pour ne pas la nommer : Renaud Bray, en face du kiosque de magazines … même coup de foudre. Plusieurs éditions du magazine Vice-Versa trônaient dans toute leur splendeur sur les tablettes. Je feuilletais et commençais à les lire sur place, passant d’un numéro à l’autre, jusqu’au moment où je me suis rendue compte que je venais déjà de passer une heure et demi, plongée dans la lecture de textes de Lamberto Tassinari, Fulvio Caccia, Bruno Ramirez, d’illustrations de Normand Cousineau, de Daniel Sylvestre, de Kamila Wojnakovska, Stéphan Daigle, Anouchka, etc. Je lisais, admirais, lisais comme une boulimique.

Quelques numéros de Vice versa sous le bras, je rentrais à la maison m’enfermer pour déguster le trésor que j’avais débusqué chez le libraire. Chaque ligne, chaque illustration, chaque titre m’interpellait. La Beauté se retrouvait dans chaque page, l’exil et la transculture en filigrane venaient apaiser mes tourments et ma mélancolie légendaire. Enfin, je n’étais plus seule.

Les mots dansaient dans ma tête, en anglais, en français, en italien, en espagnol… et je vivais l’éloignement de ma terre natale, ma patrie avec un apaisement bien longtemps attendu.

Jamais je n’ai regretté mon intégration, mon assimilation, appelez-le comme vous voudrez. J’aime le Québec, j’aime Montréal d’un amour fou, mais c’était l’époque où il me manquait ce lien fondamental avec ceux qui avaient, comme moi, conscience de cette absence, de cette étrangeté intérieure, de cette retenue par peur d’être mal jugée, mal interprétée.

En refermant le magazine chaque fois, je me disais qu’il me fallait les rencontrer, ces auteurs qui exprimaient ce que je vivais seule et isolée. Je ne me souviens pas en détail comment nous y sommes arrivés ni comment la rencontre a eu lieue, peut être lors du lancement d’un numéro. Je travaillais à cette époque au pupitre du Journal de Montréal et me disais qu’ironiquement, comme dans la vie, les opposés s’attirent. C’était personnellement comme un lien naturel que de s’allier au groupe ViceVersien. Ce serait à l’image de ma vie d’orientale plongée dans un milieu occidental. Une suite logique quoi!

Je me retrouvais donc au milieu d’un groupe de révolutionnaires sans révolution (expression si chère à André Thirion), c’est ainsi qu’enfin ma vie d’exilée prenait un sens. Entre Vue d’Afrique qui nous apportait chaque année un souffle africain et Vice Versa et la transculture. J’étais comblée.

Ma rencontre avec Fulvio Caccia a été déterminante. Je me joignais au groupe au moment où l’ordinateur faisait son apparition. Deux découvertes simultanées. Le virtuel et la transculture. Je passais mes journées dans les bureaux du 400 rue McGill dans le Vieux-Montréal à discuter, contenu, textes, illustrations futures, distribution et je rentrais travailler vers 15 h au Journal de Montréal au pupitre pour y monter les pages des derniers meurtres commis en ville, des organisations de motards, des textes 5 S indispensables au succès de tout quotidien qui se respecte comme le disait si bien M. Pierre Péladeau : sang, spectacle, sensation, sexe et sport. Si loin de Vice Versa.

Ce fut un tournant marquant dans ma vie. J’étais partie prenante d’un groupe qui ne vivait pas le métissage comme une tare mais comme une richesse innommable, qui en faisait les prémisses à des analyses innombrables qu’ils partageaient dans cet espace qu’était le magazine Vice Versa. J’avais reçu un accueil si chaleureux au sein du groupe, que je ne peux me souvenir sans en être profondément émue. Avec Gianni Caccia, le directeur artistique, avec lequel j’ai continué à travailler plusieurs années plus tard, Fulvio, Lamberto, se tissait une complicité qui m’emplissait. Je rencontrais chaque jour des gens formidables, j’étais un peu intimidée par leurs liens si solides et je les aimais. Ils étaient devenus la famille que je m’étais choisie. Et c'était toute une famille!

Pendant plusieurs semaines, nous nous réunissions pour trouver des moyens de faire financer le magazine. Trouver le moyen de le faire connaître ici comme ailleurs. Trouver le moyen de lui donner un souffle qui permettrait à ses artisans de vivre du produit de leurs réflexions.
Le groupe était essentiellement composé d’hommes. Peu de femmes y ont été associées au niveau de l’administration. Elles se retrouvaient essentiellement illustratrices et parfois auteures. Les femmes étaient à cette époque au Québec en pleine revendication pour l’égalité avec les hommes. Personnellement, je n’y croyais pas et je n’y crois pas plus aujourd’hui. J’adhère totalement avec la pensée de Françoise Giroux dans ce domaine, lorsqu’elle a affirmé qu’ « il y aura égalité entre les hommes et les femmes, le jour où l’on nommera des femmes incompétentes à des postes de responsabilité. ».

Ainsi au fil des mois, nous développions des stratégies, nous tentions de les mettre en application avec en tête toujours le même dilemme… si le magazine est ce qu’il est, c’est parce qu’il ne cède pas à la culture de la publicité payante, à la culture de la ligne éditoriale guidée par les partenaires ou les sponsors, à cette ligne éditoriale convergente. Toujours le signal d’alarme de Lamberto Tassinari et toujours nous vivions au rythme de sa contradiction qui devenait la nôtre.

Nous nagions tous et toutes en pleine contradiction. D’un côté le désir de s’exprimer librement et de l’autre l’envie de réussir quelque chose. Mais quoi? Nous tentions une avancée comme celle de développer l’idée de faire le tour des quartiers de Montréal, de les accompagner par des textes et d’interpeller les commerçants qui sont au centre de l’activité du secteur. Deux publications et l’idée a été abandonnée. Pourtant, Lamberto Tassinari m’assurait à l’époque que, jamais ViceVersa n’avait reçu autant d’argent qui se chiffrait à l’époque à seulement quelques milliers de dollars.

Un beau matin, Fulvio Caccia arriva en arborant un large sourire et avec son enthousiasme légendaire nous met au courant d’une idée et d’un projet qu’il avait l’intention de développer. Nous avions à l’époque moins de 35 ans et pouvions profiter des échanges de l’Office franco- québécois pour la jeunesse (OFQJ). L’idée était de lancer le magazine à Paris et d’organiser une exposition des illustrateurs de Vice Versa au Centre culturel canadien, tenu à l’époque par Yoland Guérard, sur la rue Constantine.

Et nous voilà, par un soir d’hiver en direction de l’aéroport : Stéphane Daigle, Anouchka, Daniel Sylvestre, Nicolas Van Schendel, Kamila Wojnakovska… Un pur bonheur! Se retrouver tous à l’Hôtel-des-Arts sur la rue du Faubourg Montmartre, en face de chez Chartier paradoxalement au coin du boulevard du même nom Montmartre.

Les préparatifs de l’exposition et du lancement avançaient. Tout le petit monde était enthousiaste à l’idée de présenter ses œuvres au public parisien.

Le premier novembre 87, nous nous cognions à la porte fermée du Centre culturel canadien à Paris et l’un d’entre nous a remarqué que le drapeau était en berne. Quelqu’un vint tout de même nous ouvrir la porte pour nous annoncer la triste nouvelle. René Lévesque venait de mourir. Nous étions atterrés. La plupart d’entre nous avions voté pour le oui au referendum de 1980. Nous nous rendions compte à quel point nous étions loin de chez nous et qu’il nous fallait accomplir un geste pour signifier notre solidarité à celui qui avait représenté l’espoir de faire partie d’un pays nommé Québec. Cette journée-là, nous n’étions plus transculturels mais bien Québécois.

Nous avions tout même tenté de monter l’exposition sans trop échanger et vers midi, nous nous sommes déplacés pour rencontrer l’ambassadeur du Canada à cette époque, Lucien Bouchard, venu exprimer sa sympathie à la communauté vivant ou de passage à Paris. J’étais loin de me douter que cet homme allait devenir plus tard mon patron et que je le côtoierai de si près pendant plusieurs années.

Au cours de la journée, une messe était aussi organisée et tous nous étions devenus catholiques et Québécois pour l’occasion. Nous étions conscients que, comme l’a si bien souligné cette journée-là, Félix Leclerc, un de nos plus grands poètes : "La première page de la vraie histoire du Québec vient de se terminer. Dorénavant, René Lévesque fera partie de la courte liste des libérateurs de peuples."

Le lendemain, nous n’étions toujours pas dans la meilleure des formes et arrivés au Centre, le drapeau toujours en berne, le Centre à nouveau fermé, nous ne comprenions pas ce qui se passait. Quelqu’un vint nous ouvrir la porte comme le matin précédent pour nous annoncer que Yoland Guérard, directeur du Centre culturel canadien était mort au cours de la nuit. Deux morts en deux jours : René Lévesque et Yoland Guérard.

Les conversations ont par la suite tournées vous vous en doutez sur le fait que nous avions un important rôle à jouer dans la société québécoise. Qu’il nous importait d’en être non seulement partie prenante mais d’y prendre une place significative pour enrichir la culture québécoise déjà si fertile.

Quelque vingt ans plus tard, une commission sur les accommodements raisonnables plus loin, la transculture est plus que jamais à l’agenda. Tous nous avions subi la commission Bouchard-Taylor en ne comprenant pas ce qui se passait soudain au Québec. Comme si le peuple québécois s’était réveillé un matin, avait ouvert les yeux dans un monde qu’il ne reconnaissait plus. Pourtant, la transformation avait été amorcée depuis fort longtemps.

Le magazine n’est plus. Il n’a pas survécu. Il y a quelques mois, nous avons tenté de le faire renaître, de lui trouver un second souffle en ces temps de valorisation du paysage virtuel au détriment de la publication papier. Je contactais Fulvio à Paris et lui en glissais un mot. Et si nous organisions un événement avec les artisans de Vice Versa. Ils y avaient bien entendu pensé mais ne donnaient pas suite.

C’est alors que nous avons organisé un colloque et réuni tous les artisans du magazine ou à tout le moins ceux qui souhaitaient le faire revivre pendant 48 heures.

L’Institut culturelle italienne de Montréal avec Giovanni Pillonca, Fulvio Caccia basé à Paris, Lamberto Tassinari, et moi-même avons concocté deux jours de retrouvailles transculturelles avec les artisans du magazine. Je proposais le projet à Daniel Salé, à l’époque directeur de la Chaire en études ethniques UQAM/Concordia qui, d’emblée l’a accepté.

Et nous revoilà tous… réunis pour deux jours en ce 28 février 2007 pour faire une mise à jour du projet transculturel autour des différents thèmes : Le projet transculture et l’autre politique; Identité, citoyenneté et transculture; la transculture en images, La transculture comme alter-culture? Avec Myriame El Yamani, Wladimir Krysinski, Bernard Lévy, Jean Morisset, Karim Moutarrif, Robert Oriol, Gianni Caccia , Stéphan Daigle, Gilbert Duclos, Annouchka Galouchko, Daniel Sylvestre , Robert Richard, Simon Harel, Pierre Ouellet, Michel Morin, Walter Moser, Christian Roy et Nicolas van Schendel, William Anselmi, Carole Ashley, Hervé Fischer, Alain Médam, Antonino Mazza et quelques autres personnalités.

Et nous avons plongé, discuté, débattu dans des discours croisés, hybrides ou la pertinence du hasard objectif si cher à André Breton prenait toute sa signification.

Puis minutieusement, nous avons répertorié tous les numéros des magazines, fait l’inventaire des auteurs, des illustrateurs, etc. avons mis à la disposition du grand public virtuel tous les textes des numéros désormais voués aux archives de la bibliothèque nationale. Le site web a disparu faute d’avoir payé les redevances annuelles. Il reverra le jour, j’en suis convaincue. Car nul ne peut oublier cette période.

Aujourd’hui, je vis seule, j’ai deux enfants, je suis grand-mère d’une adorable petite fille québécoise et j’habite un immeuble du centre-ville de Montréal qui porte le nom Le Montmartre.

Imprévisibilité de la vie, lorsque je participe à des colloques, conférences, ou forums portant sur le dialogue des cultures et des civilisations, ma fille québécoise me répète : c’est un problème lié à ta génération nous, nous sommes les produits de métissage et c’est ainsi que le monde s’identifie maintenant; il ne se pose plus les questions que vous vous êtes posés.

C’est alors que je pense au phare de Casablanca. Et que je me demande si mon corps physique se trouve dans la zone blanche ou noire?



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