mardi 5 mars 2013

DANS LA PEAU DE L'AUTRE

OU LE SALUT PAR LA FEMME 

Chaque année, je vais voir deux ou trois films présentés aux Rendez-vous du cinéma israélien de Montréal.

Chaque année, je quitte la salle de cinéma bouleversée.

Hier soir, j’ai vu le film Le Fils de l'Autre, de Lorraine Levy.

Jolie facture sur un sujet troublant.

Imaginez un instant que dans votre propre maison se trouve un être humain que vous avez élevé comme votre fils et que vous apprenez qu’il est en réalité le fils biologique de votre pire « ennemi». 
C’est l’histoire d’un jeune juif, qui s’apprête à faire son service militaire et, qui se rend compte après un examen sanguin, qu’il n’est pas le fils biologique de ses parents mais qu'il est en réalité Palestinien.

La famille apprend qu’au moment de l’accouchement, les deux bébés de la maternité, envoyés dans des abris parce que des skuds tombaient sur Haifa, ont par la suite été échangés sans que les mères ne s’en aperçoivent.

Imaginons un instant le choc pour ces jeunes, pour les parents, leur frère et sœurs.

Et nous spectateurs de voir le regard des uns et des autres se transformer et nos propres convictions confrontées.

La haine des peuples en guerre se projette sur ces jeunes adultes qui ne cherchent qu’à retrouver un semblant d’identité au milieu des clichés galvaudés de part et d’autres.

Les phrases coup de poing clichés du film : lorsque Joseph apprend qu’il est Palestinien, désespéré, il lance : « est-ce qu’il faudra que je troque ma kippa pour une ceinture d’explosifs? »

Et Yacine de réagir en apprenant qu'il est en réalité juif: "je suis mon pire ennemi et je dois m'aimer quand même."

Ce qui frappe dans ce film, c’est l’attitude des femmes, des mères au moment où pères et mères se rencontrent à l'hôpital pour confirmer les recherches.

Les deux femmes ont presque immédiatement développé une complicité et une compréhension mutuelle au moment de l’échange de photos. 

Fières du fils, qu’elles ont élevé, de leur fils, du fils de l’autre.

Cette complicité féminine des femmes médiatrices se retrouve dans le film Les Citronniers.

C’est ce qui m’a frappé dans ce film, vu hier soir.

Parce que je me suis souvenue de cette phrase tirée de mon livre fétiche Arcane 17 d’André Breton, s’exprimant de Percé en Gaspésie à propos de l’Allemagne :

« Cette crise est si aiguë que je n’y découvre pour ma part qu’une solution : le temps sera venu de faire valoir les idées de la femme aux dépens de celles de l’homme, dont la faillite se consomme assez tumultueusement aujourd’hui. »

Le salut par la femme.

Un des plus beaux clins d’œil de la réalisatrice est à mon avis l’inversion des cultures au niveau des comédiens, cette histoire d’identité de l’un et de l’autre.

Joseph Silberg est remarquablement joué par un Juif, Jules Sitruk. Imaginons lorsque le personnage (ou le comédien) découvre qu’il est Palestinien.

 Yacine El Bezaaz, magnifiquement aussi joué par le comédien belge dont la famille est d’origine tunisienne, Mehdi Dehbi, qui découvre qu’il est Israélien.

Ici, le croisement se fait d’une étonnante manière car nous ne voyons pas les Palestiniens prier ni ne percevons la religion comme prédominante autant que la politique et l’injustice sociale y est décriée.

Par contre, chez les Silberg, l’identité : religion et culture juive s’entremêlent. La culture de l'armée prédomine.

Les images tournées en Israël montrent la richesse du pays qui fait contraste avec la pauvreté dans laquelle évoluent les Palestiniens.

Et les fils d’être attirés par la culture de l’autre, la leur! Sans pour autant renier celle qui les a fait grandir.

Les perceptions jouent un si grand rôle dans ce film, dans nos vies, qu’il nous faut chaque jour défaire l’écheveau de nos interprétations.

Comme quoi, il est difficile mais pas impossible de se mettre dans la peau de l’autre. 

Même s'il s'agit d'une fiction pas trop loin d'une certaine réalité.