samedi 20 octobre 2012

Les Médias - De L’ENQUÊTE À LA CÉLÉBRITÉ


La nuit dernière, c’était la nuit des sans-abri. Une nuit par année pour NOUS sensibiliser aux milliers de personnes qui dorment dans les rues chaque soir faute de toit pour s’abriter des intempéries. 

La Nuit des Sans-Abri ne sera pas mon propos. C’est ce qui a servi de déclencheur à ce billet.
Ce déclencheur est en réalité la réflexion faite par Émilie Dubreuil à Radio Canada, alors qu’elle commentait en direct au Téléjournal de 18 h, la manifestation de soutien aux sans-abri, qui se tenait à Montréal.

Au début de son reportage, Mme Dubreuil faisait la réflexion suivante : « la nuit des sans-abri sert à attirer l’attention des médias sur ce problème… » La suite... 
  
Reportage d'Émilie Dubreuil - Radio Canada

Ici j’ai arrêté d’écouter. Je repensais immédiatement à un article lu, il y a quelques années, que je cite plus bas.


Entendons-nous, je pense qu’Émilie Dubreuil est une honnête journaliste de terrain et loin de moi l’idée de faire ici une critique de son travail. Le lapsus ou la métonymie employée au début de son reportage, a été très significative du rôle que les médias en général s’octroient et qui semble leur être dévolu.

Car, il faut les attirer pour que les sujets qu’ils couvrent méritent l’attention du public, des décideurs, des politiciens, etc.

 Demandez aux Organisations non gouvernementales (ONG) tous les efforts qu’elles déploient pour attirer l’attention des médias. Alors que  les moindres déplacements et le moindre geste de nos représentants gouvernementaux sont suivis et scrutés à la loupe.

Le journaliste de terrain, le journaliste d’enquête, le rédacteur, l’éditorialiste, le commentateur, l’animateur, le blogueur… il y a en ce moment un tel amalgame que l’on comprend que la population s’y perde.

Je repensais à la semaine d'information et d'actualités vécues ailleurs : l’interdiction des chaines satellitaires iraniennes …
Et ici : La Commission Charbonneau, les témoignages de Lino Zambito, celui de Gilles Surprenant, la démission de Véronique Hivon, le refus du CRTC à la fusion de Bell et d’Astral et également à l’intervention d’Alain Saulnier à l’émission Bazzo.tv de Marie-France Bazzo et à son article d’hier dans le Devoir.

J’inscris volontairement tous ces éléments d’actualités sur le même pied d’égalité. Car les émissions d’Affaires publiques ou celles de variétés informent tout autant que les actualités qui y sont analysées.

Preuve en est la citation d’extraits des émissions de variétés au téléjournal : aujourd’hui, les extraits de l’entrevue accordée par Lino Zambito à Guy A. Lepage et à Dany Turcotte à l’émission Tout le Monde en Parle (TLMEP), enregistrée jeudi qui sera diffusée demain soir.


Enfin! Une ouverture et non un cloisonnement des secteurs d’activités. Là le web joue un rôle de précurseur.


Revenons à l’émission Bazzo.tv diffusée jeudi dernier. J'étais donc d’accord avec Alain Saulnier, un ancien collègue de Radio Canada, jusqu'au moment où il a mentionné que les personnes qui se retrouvent dans les médias sociaux sont en quête de célébrité.

Une parenthèse. Ce n’est pas la première fois qu’on entend cela. Et il n’y a rien de plus distortionné que cette affirmation. 

Ceux qui utilisent les médias sociaux, je pense à facebook ou c’est plus vrai pour twitter, sont pour la plupart d’entre eux des gens curieux, des acteurs citoyens friands d’actualités, de politique, qui ont, non seulement envie de s’exprimer mais, en le faisant, ont le sentiment de faire partie prenante de la société dans laquelle ils vivent. Ils ne se sentent plus uniquement spectateurs.  Chacun, à sa manière et avec les moyens à sa portée, a l’impression de faire avancer les débats.

C’est l’individu au sein d’une collectivité bien vivante et surtout réagissante. Parfois trop vite. 

Preuve en est le nombre de journalistes et de recherchistes qui suivent ce qui se dit sur le fil twitter et sur les murs facebook ou même sur les blogs pour s’en inspirer dans leur travail de communicateurs. Les centres de documentation n’ont plus tellement la cote. Le web en mène assez large.  

Je reviens à Alain Saulnier. Hier, il publiait un texte dans le Devoir, dans la section Libre opinion, le texte intitulé: L’Âge d’or du journalisme d’enquête.

Je n’ai lu cet article, que tard hier soir, longtemps après avoir réagi à la réflexion de Mme Dubreuil.

« Les journalistes dit-il, doivent éviter de se transformer en justicier ou en héros des temps modernes. »

J’ai repensé à la réflexion d’Émilie Dubreuil : « attirer l’attention des médias. »


Lorsque elle a prononcé cette phrase, je l’ai mentionné plus haut, elle n’avait malheureusement pas tort. Quand les médias sont interpellés par miracle, justice est faite, la diversion ne fonctionne plus.  Les projecteurs sont allumés. 


Et la nuit des sans-abri en est un bon exemple puisque au fil des ans, le Cirque du Soleil, les petits déjeuners du cœur, le réseau, etc. s’y sont impliqués. 


Je ne suis pas d’accord avec Alain Saulnier lorsqu'il dit que nous vivons en quelque sorte « l’Âge d’or du journalisme d’enquête ». A mon humble avis, nous n’en sommes qu’aux premiers balbutiements et c’est tant mieux.

Nous connaissons le travail d’Alain Gravel, de celui de Marie-Maude Denis. Des journalistes de ce calibre, conscients du rôle qui leur est dévolu et de celui qu’ils jouent au sein de la communauté journalistique sont rares. Ils ne sont pas contaminés par la célébrité à tout prix. Il est vrai que ce journalisme d’enquête n’a pas fini de nous étonner.

Contrairement à M. Saulnier, je pense qu’il y a une dégradation des médias et c’est tant mieux aussi.  

Cette dégradation lui permettra de se redéfinir  parce que le public n’est plus tenu dans l’ignorance ou dans la médiocrité. 

Avançons un peu plus loin, grâce aussi un peu beaucoup aux médias sociaux.  

Entre le journalisme d’enquête - celui de l’émission Enquête - et le journalisme terrain, pensons à la couverture de CUTV et de la journaliste Laura Kneale, pendant le printemps érable, il y a celui de trouver le moyen d’informer,  de rester dans l’actualité,  celui de l’analyse de cette dernière. Bien entendu, celui de rapporter avec le plus de précision possible et d’esprit analogique, de synthèse ce qui se passe.  

Ce qui nécessite une gymnastique, entre la neutralité factuelle et le commentaire presque impossible à éviter.

Là où je rejoins Alain Saulnier, c’est lorsqu’il dit :

« Les institutions démocratiques sont perfectibles, certes, mais en même temps très fragiles et elles doivent être protégées. »

 Oui! Mais…

Le rôle des journalistes n’est pas celui de protecteur des institutions démocratiques. Il est, entre autres, celui de forcer ces mêmes institutions à la transparence en rendant publics les abus qui y sont faits. Le journaliste joue un rôle de vigilance et de connaissance, non superficielle, de ces mêmes institutions.  

Par contre, c’est le rôle et la responsabilité de TOUS les citoyens de protéger les institutions démocratiques et pas seulement celle des journalistes.

Et, pour que ces citoyens ne soient pas désabusés et les défendent, il ne faut pas qu’elles les déçoivent au point qu’ils perdent confiance en elles et en leur rôle essentiel au sein du système.  Là interviennent les nuances journalistiques.  




« Si le langage n’exprime avec précision qu’une intensité moyenne de la pensée, c’est parce que la moyenne de l’humanité pense avec cette intensité; c’est à cette intensité qu’elle consent, c’est de ce degré de précision qu’elle convient. Si nous n’arrivons pas à nous faire entendre clairement, ce n’est pas notre outil qu’il faut accuser… » 

René Daumal  



Cette analyse plus bas écrite, en septembre 2010 par mon compatriote d'origine, Sylvain Timsit, est plus que pertinente. Elle traite des dix stratégies de manipulation des masses et en détaille "l’éventail, depuis la stratégie de la distraction, en passant par la stratégie de la dégradation jusqu’à maintenir le public dans l’ignorance et la médiocrité. »

   Les dix stratégies de manipulation de masses:
Paris- Ecrit par: Sylvain Timsit Date de publication: 21 septembre 2010 Dans: EuropeInternationalOpinion,
Politique
1/ La stratégie de la distraction
Élément primordial du contrôle social, la stratégie de la diversion consiste à détourner l’attention du public des problèmes importants et des mutations décidées par les élites politiques et économiques, grâce à un déluge continuel de distractions et d’informations insignifiantes. La stratégie de la diversion est également indispensable pour empêcher le public de s’intéresser aux connaissances essentielles, dans les domaines de la science, de l’économie, de la psychologie, de la neurobiologie, et de la cybernétique. « Garder l’attention du public distraite, loin des véritables problèmes sociaux, captivée par des sujets sans importance réelle. Garder le public occupé, occupé, occupé, sans aucun temps pour penser; de retour à la ferme avec les autres animaux. »
Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »
2/ Créer des problèmes, puis offrir des solutions
Cette méthode est aussi appelée « problème-réaction-solution ». On crée d’abord un problème, une « situation » prévue pour susciter une certaine réaction du public, afin que celui-ci soit lui-même demandeur des mesures qu’on souhaite lui faire accepter. Par exemple: laisser se développer la violence urbaine, ou organiser des attentats sanglants, afin que le public soit demandeur de lois sécuritaires au détriment de la liberté. Ou encore : créer une crise économique pour faire accepter comme un mal nécessaire le recul des droits sociaux et le démantèlement des services publics.
3/ La stratégie de la dégradation
Pour faire accepter une mesure inacceptable, il suffit de l’appliquer progressivement, en « dégradé », sur une durée de 10 ans. C’est de cette façon que des conditions socio-économiques radicalement nouvelles (néolibéralisme) ont été imposées durant les années 1980 à 1990. Chômage massif, précarité, flexibilité, délocalisations, salaires n’assurant plus un revenu décent, autant de changements qui auraient provoqué une révolution s’ils avaient été appliqués brutalement.
4/ La stratégie du différé
Une autre façon de faire accepter une décision impopulaire est de la présenter comme « douloureuse mais nécessaire », en obtenant l’accord du public dans le présent pour une application dans le futur. Il est toujours plus facile d’accepter un sacrifice futur qu’un sacrifice immédiat. D’abord parce que l’effort n’est pas à fournir tout de suite. Ensuite parce que le public a toujours tendance à espérer naïvement que « tout ira mieux demain » et que le sacrifice demandé pourra être évité. Enfin, cela laisse du temps au public pour s’habituer à l’idée du changement et l’accepter avec résignation lorsque le moment sera venu.
5/ S’adresser au public comme à des enfants en bas-âge
La plupart des publicités destinées au grand-public utilisent un discours, des arguments, des personnages, et un ton particulièrement infantilisants, souvent proche du débilitant, comme si le spectateur était un enfant en bas-age ou un handicapé mental. Plus on cherchera à tromper le spectateur, plus on adoptera un ton infantilisant. Pourquoi ? « Si on s’adresse à une personne comme si elle était âgée de 12 ans, alors, en raison de la suggestibilité, elle aura, avec une certaine probabilité, une réponse ou une réaction aussi dénuée de sens critique que celles d’une personne de 12 ans ». Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »
6/ Faire appel à l’émotionnel plutôt qu’à la réflexion
Faire appel à l’émotionnel est une technique classique pour court-circuiter l’analyse rationnelle, et donc le sens critique des individus. De plus, l’utilisation du registre émotionnel permet d’ouvrir la porte d’accès à l’inconscient pour y implanter des idées, des désirs, des peurs, des pulsions, ou des comportements…
7/ Maintenir le public dans l’ignorance et la bêtise
Faire en sorte que le public soit incapable de comprendre les technologies et les méthodes utilisées pour son contrôle et son esclavage. « La qualité de l’éducation donnée aux classes inférieures doit être la plus pauvre, de telle sorte que le fossé de l’ignorance qui isole les classes inférieures des classes supérieures soit et demeure incompréhensible par les classes inférieures. Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »
8/ Encourager le public à se complaire dans la médiocrité
Encourager le public à trouver « cool » le fait d’être bête, vulgaire, et inculte…
9/ Remplacer la révolte par la culpabilité
Faire croire à l’individu qu’il est seul responsable de son malheur, à cause de l’insuffisance de son intelligence, de ses capacités, ou de ses efforts. Ainsi, au lieu de se révolter contre le système économique, l’individu s’auto-dévalue et culpabilise, ce qui engendre un état dépressif dont l’un des effets est l’inhibition de l’action. Et sans action, pas de révolution!…
10/ Connaître les individus mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes
Au cours des 50 dernières années, les progrès fulgurants de la science ont creusé un fossé croissant entre les connaissances du public et celles détenues et utilisées par les élites dirigeantes. Grâce à la biologie, la neurobiologie, et la psychologie appliquée, le « système » est parvenu à une connaissance avancée de l’être humain, à la fois physiquement et psychologiquement. Le système en est arrivé à mieux connaître l’individu moyen que celui-ci ne se connaît lui-même. Cela signifie que dans la majorité des cas, le système détient un plus grand contrôle et un plus grand pouvoir sur les individus que les individus eux-mêmes.
Pour lire encore: http://www.syti.net

Le site de la nuit des sansabri :