dimanche 22 janvier 2017

Les Tuques roses

Non, je n'ai pas manifesté hier. Vous m'avez demandé en privé où me rejoindre et bien.
Je n'ai pas manifesté pour plusieurs raisons: Je n'ai jamais vu de manifestations organisées pour hurler l'horreur pour les 219 filles enlevées en 2014 par Boko Haram, pour les centaines de milliers de réfugiés syriens (la plupart des femmes et des enfants), les 10 000 morts et 40 000 blessés au Yemen, pour les filles et les femmes décapitées en Arabie saoudite, en Iran, pour la centaine de journalistes emprisonnés en Turquie, les jeunes manifestants emprisonnés en Arabie saoudite depuis plusieurs années alors qu'ils étaient mineurs, les décapités de Bahrein, les homosexuels jetés du haut des immeubles ou décapités, etc.
Non, je n'ai pas organisé de manif pour ce qui précède. Je suis bénévole à la Fondation Raif Badawi pour la liberté avec trois ou quatre personnes (Iona Tinawi, Jean dit Gino Casbo, Olivier Ventura, Paco Lebel) quelquefois une ou deux autres personnes s'ajoutent le temps d'un moment (Charly, Pauline, Louis, Pierre... ) qui me donnent un coup de main avec tant de générosité. Les moyens de la fondation sont très limités et il y a 24 h dans une journée. Nous n'avons pas de bailleurs de fonds suffisamment riches pour nous soutenir.
Seuls quelques députés contribuent, surtout ceux et celles de l'Assemblée nationale du Québec, et de nombreux supporteurs envoient généreusement des dons selon leurs moyens.
Les moyens financiers de la liberté ne sont pas aussi grandioses que ceux de la corruption dans le monde.
Et l'argent récolté par la fondation sert à aider et soutenir Ensaf dans ses déplacements, ses prestations publiques et à la libération de Raif.
Je savais que cette manif aurait dégénéré en une manif contre Trump. Je ne sais pas ce que Trump a dans le ventre ni dans la tête. Ce que je sais, c'est qu'il a été choisi par les Américains et qu'il est le 45e président des États-Unis. Que les Américains l'ont choisi plutôt qu'Hillary Clinton. C'est une évidence!
Oui, Hillary Clinton a reçu, entre autres, de l'Arabie saoudite, des millions (50 M $ selon certains médias) pour sa fondation. Et des millions d'autres du Qatar, etc. Sans exigence de respect des droits de l'homme. Est-ce que les Américains en ont tenu compte?
Les tuques roses sont bien jolies et font de très belles photos et vidéos. L'égalité homme - femme, on peut en rêver un peu plus chaque jour.
Ça arrivera à force de bataille, pas de tuques roses payées par on ne sait qui?
Lisez-moi bien. Je soutiens cette initiative de manifestation mais je la questionne et n'y ait pas participé.
Il y a eu aussi ce dérapage photographique et représentatif que Elham Manea a soulevé avec diplomatie et intelligence dans un texte publié ce matin. Elham est la directrice scientifique de la Fondation Raif Badawi pour la liberté (FRBL). Elle est une chercheur universitaire, croyante musulmane pratiquante.
Elle est yemenite/suisse et défend, entre autres, le droit des femmes et la liberté de culte.
Aujourd'hui, elle a cru bon de publier ce texte qui dénonce le dérapage de la manifestation d'hier et le mauvais choix de photo pour représenter l'Amérique libre.
Traduction libre d'extraits de son texte:
"Le foulard (voile) est un symbole controversé. Si vous travaillez pour la défense des droits des femmes, vous devriez le savoir maintenant. Certains le considèrent comme un symbole religieux; D'autres y voient un instrument de contrôle patriarcal et d'oppression; Et pourtant, d'autres le considèrent comme un symbole de la marche de l'Islam politique. Quand il s'agit de porter le foulard (voile), certaines femmes le portent parce qu'elles sont vraiment croyantes et sont convaincues qu'il fait partie de leur foi.
D'autres, par ailleurs, sont obligées de le porter, et elles sont nombreuses.
Celles qui insistent pour ne pas le porter font face à des sanctions physiques et physiologiques de la part de leur famille et de leur communauté. J'ai traité de tels cas dans mon travail de consultation auprès des autorités éducatives en Suisse. Dans certaines régions du Royaume-Uni, certaines militantes des droits des femmes doivent porter le foulard afin qu'elles puissent avoir accès aux femmes emprisonnées dans des communautés fermées.
En Égypte, où une vague de jeunes femmes qui enlèvent leur voile est en marche, certaines jeunes femmes font face à la diffamation et aux menaces. Et dans certains pays islamiques, les femmes sont obligées de porter le foulard, qu'elles le veuillent ou non.
Par exemple, en Iran, les femmes ne bénéficient pas de la liberté de choix.
Qu'elles le veuillent ou non, elles doivent porter le foulard. Le voile était le symbole par lequel la révolution islamique a montré son visage au monde en décrétant que toutes les femmes devraient se couvrir! Celles qui désobéissent à ce décret sont passibles d'amendes et d'arrestations.
Compte tenu de la complexité du voile et de ce qu'il représente, votre choix en tant que symbole pour la religion islamique et la minorité de foi islamique, vous a été mal conseillé.
Pourquoi choisir un symbole - considéré comme un outil d'oppression pour de nombreuses femmes dans différentes parties du monde - comme symbole d'une religion riche et diversifiée comme l'islam? Ce n'est pas seulement une erreur, c'est une insulte pour toutes ces femmes, qui doivent le porter et porter les cicatrices psychologiques de cette imposition.
Je continue à soutenir les revendications de votre marche mais je vous exhorte à choisir vos affiches soigneusement.
C'est le message que vous envoyez qui est mon sujet de préoccupation. Si vous marchez pour l'égalité, alors je suggère que vous arrêtiez cette condescendance envers ces femmes de la foi islamique et du patrimoine.
Ce ne sont pas toutes les femmes de la foi islamique qui portent le foulard, et elles ne sont pas TOUTES convaincues que c'est LE symbole de l'Islam. Choisissez un symbole qui reflète cette diversité."
http://www.huffingtonpost.com/entry/5884a1ede4b0111ea60b971c?timestamp=1485090056541