mardi 5 juin 2012

LES PRINTEMPS SUCRÉS/SALÉS


Lorsque l'année dernière débutait ce que tous ont surnommé le Printemps arabe, j'étais inquiète. Triste de voir tous ces jeunes dans la rue en quête d'une peu plus de justice sociale, d'un peu plus d'ouverture et d'un peu moins de répression.

Les amis autour ne comprenaient pas que je manquais d'enthousiasme me sachant originaire d'un pays arabe.

Aussitôt les manifestations s'amplifiant dans ces pays, je ne prévoyais qu'une issue négative à tout ce qui s'exprimait dans la rue. Ma tristesse était proportionnelle à ce qui se dessinait à l'horizon.

La raison de ce manque d'enthousiasme: la conscience que l'on ne peut pas se battre contre des principes, de surcroît contre des principes religieux... la suite...


L'espoir grandissant dans les populations était elle aussi proportionnelle à la montée des archaïsmes.

Lorsque nos actes sont dictés par Dieu, il n'y a pas de dialogue possible. L'un des deux est absent physiquement de la table de négociation.

Je me permets une dernière réflexion à propos du printemps arabe qui a servi d'exemple et de modèle dans le monde entier avant de parler du printemps érable. L'après-printemps était facile à prévoir. Je ne me gênais pas d'en faire état à qui voulait l'entendre: ce ne sont pas les jeunes de la rue qui sont organisés mais les Frères musulmans, les Salafistes voire même les intégristes de tout acabit. Et ce sont eux qui organiseront les urnes et gagneront.

Conclusion que j'offrais aux amis et amies: Qui saura prendre le pouvoir le Maghreb ou le Machrek?

La réponse était simple: Le pouvoir politique ira à ceux qui sont organisés. À ceux qui pourront tenir des scrutins, ceux qui ont investi temps et argent pour construire des mosquées, des écoles coraniques, etc. ceux qui ont su tenir des réunions de quartier pour aider les électrons libres et les "têtes brûlées" à se trouver une cause en laquelle s'investir et retrouver le "droit chemin"... celui de Dieu.

Cherchez du côté des pays les plus riches pour les financements: le Qatar, l'Arabie saoudite et n'oublions pas leurs alliés.

Le panarabisme est à la mode tout comme le foulard islamique chez les femmes, emblème d'identité pour certaines et d'ostracisme pour d'autres.

La laïcité ne pouvait pas encore se frayer un chemin. Elle n'en a pas encore les moyens.

Ici, au Québec le principe n'est pas religieux. L'analogie s'arrête là puisque nous sommes dans un état de droit. Le principe en est l'argent et le pouvoir de ce dernier.

Ici, l'espoir grandissant des jeunes et des moins jeunes qui les appuient est proportionnel à la montée du pouvoir des riches contre la classe moyenne et contre les moins-nantis.

Ce que l'on a appelé le Printemps érable en référence avec le printemps arabe, c'est le cri de la population envers les injustices sociales qui sont décriées tous les soirs depuis plus de 100 jours et qui ont débuté, ce n'est pas un hasard par le dégel des frais de scolarité comme premier échelon de cette injustice; alors que, parallèlement, ont été décriées la "corruption et collusion" du gouvernement, les dépenses faramineuses des universités, leur mauvaise gestion mise au grand jour, etc.

Le gouvernement libéral ne pourra pas dire qu'il n'a pas eu la chance de prouver qu'il était à la hauteur des aspirations de la population qui l'a élu. Trois mandats de suite. Les Québécois sont presque devenus libéraux à vie.

La reconnaissance minimale de ces mandats consécutifs aurait été d'écouter cette même population qui l'a élue.

250 000 voire même 300 000 personnes dans les rues de Montréal pour décrier les décisions du gouvernement. Le gouvernement libéral n'a pas été plus reconnaissant. Et il n'a pas écouté ni entendu. Pourtant les casseroles font du bruit!

Le gouvernement du Québec n'a pas donné la preuve d'ouverture qu'il prône ni la preuve qu'il était près de la population. Il a malheureusement donné la preuve que son alma matter était l'argent et le pouvoir, décrié au lendemain du référendum par Jacques Parizeau - j'oublie bien entendu la responsabilité envers les immigrants... de nombreuses études sur le sujet... dont la nationalité canadienne donnée peu de temps à des milliers d'entre eux pour s'assurer de leur vote. Je suis moi-même immigrante.

Le gouvernement élu a entendu l'argent et le pouvoir de ce dernier. La vidéo de l'anniversaire de Mme Desmarais par Anonymus est assez révélatrice, de qui mène quoi?

Et surtout de qui a les moyens de faire du Québec une bonne affaire?

Ce qui est décrié jour après jour et nuit après nuit, n'est-il pas suffisant pour laisser son orgueil de côté?

Oui, son orgueil parce que je ne connais plus d'autre mot pour qualifier l'attitude du gouvernement élu... j'irai plus loin et le qualifierai d'un orgueil déplacé ou malplacé.

Ce n'est pas faire preuve de ridicule que de reculer devant des mauvaises décisions. C'est une preuve de maturité.

N'est-ce pas le moment de faire preuve de grande maturité? N'est-ce pas le moment d'exprimer sa reconnaissance aux payeurs de taxes? N'est-ce pas le moment de dire, je vous ai entendu? 

N'est-ce pas le moment de décider d'une véritable trêve? De suspendre provisoirement et la hausse des frais de scolarité et la loi 78 (qui, par ailleurs, n'est pas respectée par les policiers... pour ne pas jeter de l'huile sur le feu et provoquer des dérapages violents).

N'est-ce pas le moment de laisser les Festivals prendre la place qui leur revient. Après tout, c'est notre argent individuellement qui est investi dans les rues pendant l'été.

Combien coûtera la sécurité autour des festivals? Combien nous coûte chaque soir la présence policière? Combien a coûté et nous coûte un peu plus chaque jour cet excès d'orgueil?

N'est-ce pas le moment de la trêve qui permettra à tous de passer un été à réfléchir sur le ton à donner à un automne rouge, vert, blanc, bleu, à chacun son carré et pourquoi pas jaune comme le soleil... . 

Restons nobles comme lui ... ni gratitude ni soumission...

"Soleil qui ferme les yeux sur nos excès, sur nos folies de mortels...
Il n'attend de nous ni gratitude ni soumission
Noble est notre soleil quand il se lève
et Noble quand il se couche..."

Tiré des Jardins de Lumière de Amin Maalouf.