samedi 30 juin 2012

15 MINUTES 07 SECONDES



 « Une civilisation démocratique survivra uniquement si elle fait du langage de l’image un stimuli à la réflexion critique et non une invitation à l’hypnose. » - Umberto Eco

Cette semaine, je n’ai pas pu m’empêcher de repenser à cette phrase d’Umberto Eco qui figure, par ailleurs, dans mes courriels tout juste avant ma signature.

 Cette phrase me revenait en mémoire chaque fois que passait à la télévision cette vidéo montrant Mme Pauline Marois tapant sur deux couvercles de casseroles - en apparence de taille différente. La suite…

Et chaque fois, je réagissais différemment à ce message publicitaire qui a eu, aussi chez plusieurs d’entre nous, si j’en crois les commentaires lus sur Twitter, facebook, blog, etc. un effet inverse de celui escompté par le parti libéral du Québec (PLQ).

Mme Marois m’est apparue jolie, maladroite, humaine et un brin pince sans rire. J’ai aimé cette vidéo. Chaque fois un peu plus après chaque diffusion, pour des raisons différentes.
Mon premier réflexe a été de me demander si nous avions un problème d’association entre les femmes et les casseroles. Le message lancé par le parti libéral était-il : voulez-vous confier les rênes de la gestion du gouvernement à cette femme qui tape sur des casseroles. Pardon, sur des couvercles?

Je n’ai pas pu m’empêcher de sourire en réfléchissant à cette possible interprétation du message lancé par le PLQ : il a fallu deux couvercles plutôt qu’un pour faire imploser la marmite gouvernementale, devrait-on comprendre en voyant les images de cette publicité subversive pour ne pas dire submersive.

La campagne pré-électorale a donc été officiellement lancée par cette vidéo.
J’ouvre ici une parenthèse. La plus grande surprise de la semaine a été d’entendre Martin, un jeune communicateur (27 ans), dire pendant la pause déjeuner qu’il avait été complètement chaviré en voyant le documentaire sur notre regretté député - poète Gérald Godin et sur notre non-moins regrettée Pauline Julien que j'aimais, qui m'avait un jour, pris les deux mains en me reconnaissant, en souriant affectueusement et dont les mots ne sortaient plus de la bouche, elle qui les aimait tant.

Et de dire :
« Wow, j’étais cloué sur mon fauteuil. 

 « Que s’est-il passé? Jusqu’à ce  printemps…

« Je ne reconnaissais pas le Québec, m’a-t-il dit, ça devait être une période extraordinaire, cette passion et cette verve qui animaient les gens tous partis confondus! Cette assurance de leurs convictions sans peur… »

Je rajoutais et sans faux fuyants. Cette discussion a attiré autour de nous plusieurs personnes (moyenne d’âge 29 ans) qui avaient toutes à dire passionnément un ou deux points de vue sur la chose politique d’ici, en lien avec ailleurs.

Et le jeune de conclure: « Tout ça pour dire qu’on dirait que la passion est revenue. » 
"Tout ça pour dire" étant l'expression qu'il utilise chaque fois qu'il termine de discuter d'un sujet ou pour récapituler ce qu'il croit avoir compris.

Éclat de rire alors que cette passion était palpable pendant ce déjeuner.
Je referme ici la parenthèse pour reprendre la citation de Eco : alors réflexion critique ou invitation à l’hypnose?

Ce printemps 2012, le Québec s’est réveillé d’une longue hypnose par le tintamarre des casseroles et des prises de position.

Ce qui nous ramène au sujet des futures diffusions de messages/images plus politiques les unes que les autres auxquelles nous aurons droit d’ici quelques semaines puisque la campagne électorale commencera officiellement cet été si l’on en croit les rumeurs qui persistent.

L'intérêt suscité par les étudiants et le réveil politique qu’ils ont provoqué de par l’intelligence des discours de leurs leaders, du leadership de ces derniers, du poids de leurs mots mesurés à l’écran et de chacune de leurs interventions, ajouté à cela leurs sourires en voyant les politiciens agir devant eux, devrait servir d’exemple voire même de modèle.  Ils ne se sont pas divisés ni n’ont changé l’objet ni le sujet de leur bataille en cours de route. Focus.

Ils ont donné l’exemple qu’il nous faut maintenant débattre des véritables enjeux plutôt que faire diversion et de nous faire assister à du mauvais Vaudeville. J’aime trop le théâtre pour qu’on mélange les genres ici.

La politique est chose sérieuse et doit être prise au sérieux. Nous ne sommes plus à l’ère du pouvoir pour le pouvoir, moto d’un autre siècle. Nous sommes à l’ère du bilan de nos richesses communes, physique et humaine, pour trouver la juste manière de les exploiter et de les redistribuer équitablement.

Nous avons tous la responsabilité sociale de faire de ce monde, un monde pour lequel les injustices quelles qu’elles soient n’aient plus leur place.

J'ai un très grand respect pour les institutions. Je n'ai pas de respect pour le gaspillage d'énergie ni de temps. Je choisis aussi mes guerres et mes batailles. Et la bataille de l’image sans fondement ne reçoit plus d’écho dans ma tête. Je la zappe.

Nous, les Québécois n’aimons pas les coups bas portés sur des personnes. Les publicités servent à d’autres fins qu’à celles du dénigrement personnel.

Continuer sur la voie des messages du dénigrement et des attaques personnelles pour quelque politicien que ce soit aurait comme résultat le « retour en arrière »  de l’écœurement de la politique et du désintérêt général. De l'hypnose. 

Le temps d'antenne et les points picas sont trop précieux pour que nous les gaspillions dans des futilités ou dans des salissages en règle.

Pendant que j’écrivais ce texte, mon merveilleux et doux - exécrable ami (je rectifie sur sa demande: sexe symbole rural et préhistorique) Jean-Jacques Lemêtre, compositeur et musicien du Théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine
http://www.theatre-du-soleil.fr/thsol/index.php?lang=fr , m’envoyait cette vidéo que j’ai pris le temps de visionner avant de le terminer.

Elle sera ma conclusion. Les 15 minutes 07 secondes que vous consacrerez à la visionner seront les 15 minutes o7 secondes le mieux investis en ce week-end de fête du Canada.

Parce que les mots, les images, les lettres et le temps précieux s’envolent.


The Fantastic Flying Books of Mr Morris Lessmore (2011)