dimanche 20 mai 2012

SI VOUS NOUS EMPÊCHEZ DE RÊVER, NOUS VOUS EMPÊCHERONS DE DORMIR


Cette phrase nous a été rapportée par Simon Brault via twitter pour nous rappeler les soulèvements en Espagne. J'habite au centre-ville de Montréal, dans le Quartier latin. Je vis depuis des semaines les bruits des hélicos, le bruit des manifestants qui se manifestent comme ils peuvent avec leurs moyens, leurs casseroles, leurs sifflets, etc.

Je pourrais subir ces protestations nocturnes encore longtemps si je croyais qu'il y avait une lumière au bout de l'absurde en ce moment. Or, nous sommes en train de dévier du véritable débat qui n'a pas encore eu lieu. lire la suite...
 En 2005, je me souviens, d'avoir demandé aux leaders étudiants de Concordia et à ceux d'une autre université, ce qu'ils penseraient d'un éventuel dégel des frais de scolarité: l'un d'entre eux m'avait répondu : ce sera la guerre civile.


J'étais alors directrice des Relations gouvernementales et des Affaires publiques et chargée de cours en littérature au département d'Études françaises, de l'université Concordia. Je recevais souvent les étudiants qui voulaient présenter à l'administration ou au grand public des projets qui leur tenaient à coeur.


Nous préparions les premiers balbutiements de ce qui, entre autres, allait devenir le Fonds d'action québécois pour le développement durable qui allait réunir pour le Pacte des générations: Hubert Reeves, David Suzuki, Jean Lemire et oui, disons-le, Line Beauchamp, alors ministre du Développement durable que les étudiants adoraient et dont ils faisaient l'éloge après chacune de leur rencontre. Nous préparions alors les prémisses pour délivrer un doctorat honorifique à Al Gore (2007).

On ferme la parenthèse pour se tourner vers ce qui se passe en ce moment.


Dès le début du conflit, je voyais la situation s'envenimer pour être ce qu'elle est aujourd'hui. J'aurai souhaité un moratoire immédiatement et que nous enclenchions un vrai débat de société sur l'Éducation supérieure, pour identifier ce que nous souhaitons pour nos enfants et nos petits-enfants. Accessibilité pour une élite ou pour tous. Que les meilleurs gagnent et qu'au mérite ils poursuivent. 

J'ai passé 13 ans dans l'administration de l'université Concordia (non, je n'ai pas été parmi ceux qui ont eu un pont d'or). Je n'ai pas vu des étudiants riches se pavaner autour de nos bureaux. Ceux que j'ai vu, sont ceux qui n'avaient parfois pas même mangé le matin pour déjeuner. 

J'ai vu des jeunes déterminés: Gabriel Bran Lopez, directeur actuel de Fusion Jeunesse, organisme pour contrer le décrochage scolaire, dont j'ai été la conseillère stratégique pour la mise sur pied, Peter Shiefke, actuel directeur national du projet Réalité climatique, Melissa Garcia Lamarca, une des leaders du Groupe Sustainibility Solutions, etc. Je pourrais nommer ainsi des dizaines de jeunes qui sont passés par nos bureaux pour que nous les conseillions, que nous les aidions à organiser leurs événements, pour que nous portions  leur projet (politique, social, communautaire, etc.) un peu plus haut, un peu plus loin!


J'ai vu des jeunes qui nous demandaient de devenir leur mentor. Leurs guides.


J'ai vu des jeunes qui avaient un idéal et qui canalisaient leur révolte pour changer leur monde.


J'ai vu et côtoyé des jeunes qui ont eu la chance de ne pas être acculés au pied du mur comme le sont ceux d'aujourd'hui confondus à des casseurs en mal de destruction. 

Je les imagine ... s'ils étaient ces jours-ci dans la rue,  ce qu'ils seraient devenus. Je n'ose pas même y penser. Ils seraient en révolte, ne canaliseraient plus leur énergie comme ils l'ont si bien fait alors pour bâtir des mouvements et organisations en s'impliquant solidement, socialement et politiquement.


Je les imagine obligés de planifier jour après jour la manif de la journée plutôt que faire comme ceux que j'ai connu, de préparer des plans d'actions, de développement, de stratégie pour implanter telle ou telle PME, ou OSBL, ou programmes, etc.


Je les imagine... en colère, prêt à tout contre la répression. Tout cela parce qu'ils ont crié haut et fort que le système d'éducation a besoin d'être repensé.

Quel gâchis! Je suis attristée par ce qui se passe en ce moment, attristée par ce qui est fait au nom du pouvoir politique.


Je veux que nous organisions un débat - ou des États-généraux, ou un colloque ou un congrès ou des assises, ou name it!!!! sur l'Accessibilité aux études supérieures. Et ne pas attendre d'en faire un débat électoral;  et que nous cessions de brandir la boite de Pandore du dégel des frais de scolarité!


Je veux continuer à voir les jeunes rêver!