jeudi 24 mai 2012

POUR DAVID, FUTUR ÉTUDIANT AU CÉGEP ROSEMONT

  David, c'est ce jeune qui vous tend le journal Métro tous les jours devant la station de métro Saint-Laurent.
David travaille. Il commence à travailler à 6 h 30 le matin et finit aux environs de 10 h. Il quitte pour se rendre à son autre travail dans un club vidéo.


C'est pour lui que je prends la peine d'écrire ce texte et pour les centaines de milliers qui, comme David, pour Abi, pour Hugo, pour les jumeaux, etc. pour tous ceux qui tentent de se faire entendre parce qu'ils ont des aspirations et un esprit que nous nous devons de comprendre de toute urgence! Lire la suite...



Ceux qui me connaissent, savent que je reste discrète. Autrefois, le magazine CROC, m'avait représentée par une photo, mes cheveux sur la face, pour mieux me cacher comme les trois petits singes avec lesquels j'ai été élevée. 


Les trois petits singes de la sagesse


L'ex-jeune pleine d'espoir::


Ni de droite, ni de gauche, je ne sais plus où je me situe en ce moment.  Ni quelle est mon allégeance politique... 


"La droite et la gauche sont les deux mamelles d'un même piège à cons (dixit Charlie Hebdo) et la pensée unique, ce que j'en pense n'est pas loin de cet auteur dont je ne me souviens pas le nom... qui disait que ceux qui la dénoncent sont souvent ceux qui rêvent d'en imposer une autre.


Vous dire toutefois que ce dont je suis témoin aujourd'hui me réconforte. Je ne quitterai pas ce monde en pensant que ce sont seulement et uniquement l'argent et le pouvoir qui prédominent et gouvernent. 


Qu'en ce moment, nul n'est dupe. Ce qui se passe dans les rues du centre-ville et dans les quartiers avec les casseroles, c'est un appel à la justice:: la vraie, à la liberté d'expression:: la vraie, à la liberté de presse:: la vraie et au gel des frais de scolarité... et ce qui s'y passe en filigrane, c'est un immense besoin de voir assainir les finances publiques et le non moins désir de voir s'installer une vraie transparence. C'est ce qui a enfin assailli la population québécoise!

L'ex-journaliste::


Non! Je ne l'appellerai pas crise étudiante.... Chaque soir depuis le mois de février, je suis l'évolution de la crise gouvernementale de manière assez assidue.


Le soir, je la suis branchée sur la Concordia University Television (CUTV). 


Oui. Je l'avoue. J'ai un immense parti pris pour les jeunes en général et pour ceux de Concordia en particulier et encore plus pour ceux de la CUTV. J'ai travaillé treize ans dans cette université et ce que je retiens de toutes ces années, ce sont ses étudiants. 


Et je les reconnais bien par leur couverture de presse. Convaincus, comme ceux que j'ai connus. Ils sont assidus et nous permettent de vivre la crise, en direct, même si depuis quelques jours, le SPVM bloque leurs objectifs lorsqu'ils arrêtent quelqu'un ou quelqu'une. Ai-je écrit arrêter? 


Quand on tient une personne face contre l'asphalte pendant plus de 15 ou 20 minutes sans même lui porter attention au cas où, on ne sait jamais, il ou elle pourrait ne plus respirer... Ceci s'est passé devant mon entrée... n'appelons pas cela une arrestation mais un autre mot plus approprié que vous saurez trouver. J'ai confiance en votre vocabulaire. 


Désolant de voir ça au Québec. Dans mon pays natal, ça arrive régulièrement mais ici? Je ne croyais jamais voir cela de mon vivant. Désolant et déchirant.

L'ex-fonctionnaire et ex-attachée de presse::


Je plains le gouvernement du Québec en ce moment. 


Madame Courchesne, nous nous connaissons vous et moi. Sauf que je ne vous reconnais plus ou du moins, je me rends compte que je ne vous connaissais pas vraiment; bien que nous nous soyons rencontrées lorsque vous étiez ministre de l'Éducation en 2007. C'était il y a 5 ans. 


Je comprends que vous ne vous représenterez pas en politique. 
Bien. 


Je comprends donc que vous soyez envoyée comme émissaire ou comme bouc émissaire dans la situation actuelle. 


J'ai la vague impression que la stratégie que vous adoptez avec les étudiants actuellement est la même que celle que vous avez adopté avec les logiciels ouverts. Oui, je fais un amalgame volontaire, vous me permettrez cet écart.


Vous les avez défendus, http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/science/201012/07/01-4350219-quebec-ouvre-la-porte-au-logiciel-libre.php

Pour, par la suite, un an plus tard, vous avez annulé discrètement la disposition de la loi C-133 par décret.http://tlmv.ca/PasseC133

Ici le parallèle... Les étudiants sont sortis enthousiastes de la dernière rencontre que vous avez eue avec eux. Ils ont cru que le dialogue était ouvert. Ils ont cru à un éventuel règlement du conflit après votre re-nomination comme ministre de l'Éducation.


Comme pour les logiciels ouverts... ils ont cru à votre ouverture. Ils vous ont cru lorsque vous leur avez répété que les canaux de communication resteraient ouvert. 


Ils ne s'attendaient pas à ce que vous utilisiez cette rencontre comme opération de relations publiques pour décréter aussitôt les caméras éteintes, une loi spéciale pour les faire abdiquer. 


Connaissant plusieurs des ministres stratèges ou tacticiens, qui composent le gouvernement actuel, qu'aucun d'entre eux n'ait un peu douté des réponses qu'ils recevraient par la population en imposant la loi 78. 


Est-ce que le gouvernement veut démontrer que ceux qui défendent les valeurs sociales au Québec sont tous et toutes des têtes brûlées et qu'il est dangereux de donner le pouvoir à ce type de "révolutionnaires" dans un futur rapproché lorsque les élections seront déclenchées? 


Je ne veux pas jeter de l'huile sur le feu. Je suis une pacifiste. J'ai toujours défendu et la démocratie et les droits de la personne. 


Je crois à la révolution dans la tête. Celle qui prédomine actuellement. 


Cette véritable révolution dans les têtes est bien plus saine que n'importe lequel des matraquages ou que n'importe laquelle des arrestations nocturnes. Les jeunes et les moins jeunes sont dans la rue et ont droit en ce moment à un peu d'écoute.   

La loi 78... Line Beauchamp, elle, ne pouvait assurément pas, la connaissant aussi un peu, endosser cette loi spéciale et ses conséquences prévisibles. Elle a décidé de démissionner. Il y a sûrement d'autres raisons mais celle-là en est une plausible. 


Mme Courchesne, pourriez-vous s'il vous plaît nous permettre de vivre un été de festival et que nous nous distrayons un peu après tous ces événements? Comme vous le ferez après le 24 juin lorsque vous irez en vacances. 


Ce que nous vous demandons finalement, c'est d'assumer votre rôle et de mettre réellement fin à cette mascarade communicationnelle.


Est-ce que vous pourriez donner une trève à tout ceci, par une suspension provisoire de la hausse des frais de scolarité? Ne parlons plus de moratoire si le mot vous est rébarbatif. Sa définition est plus souple.


C'est possible, souhaitable et inévitable sinon, nous allons assister à des actes de violence encore plus intenses chaque soir.


Histoire que le véritable calme revienne et que l'on cesse de radicaliser, voire même de ridiculiser, les jeunes qui n'étaient pas nécessairement des radicaux au début de cette crise mais qui le deviennent de plus en plus chaque nuit tout comme par ailleurs les policiers qui arpentent les rues avec eux.

Pour avoir travaillé dans l'enceinte de l'Assemblée nationale comme conseillère aux communications, je plains les communicateurs en ce moment, obligés à défendre l'indéfendable.


LES JEUNES
Les centaines de milliers comme David, je les rencontre quotidiennement au travail. Ce sont des jeunes portés sur les téléphones intelligents, sur les logiciels ouverts, sur les technologies et l'art liés à l'ingénierie.  Ce sont des jeunes qui, par leur ouverture et leur manière de penser le monde, provoquent des associations improbables comme le sont par exemple, la santé et les arts technologiques. 


Je reviens à David (27 ans), avec lequel je passe une ou deux minutes chaque matin pour discuter de tout et de rien. 


Pour le plaisir de ne pas entendre des langues de bois se délier jour après jour et en me retenant de les démystifier.


David a été accepté au CEGEP Rosemont la semaine dernière. Il était tout heureux de me l'annoncer un de ces matins. Il avait "dropé" les études depuis son adolescence, comme de nombreux garçons un peu perdu par la force vive des jeunes filles premières de classe. Depuis, il a repris ses cours du soir aux adultes et entrera maintenant au CÉGEP.


Car chaque jour, une phrase, un échange, un bonjour, la température, le dégel, un souhait de passer un bon week-end... Il veut faire une carrière... il ne sait pas encore dans quel domaine mais il est passionné de, croyez-le ou non... pas de sociologie, ni de psycho, ni de théâtre ou de littérature, ni même de communications mais de physique.

Reconnectons les générations entre elles et cessons de faire de la politicaillerie sur le dos des jeunes en les menaçant, en les arrêtant, en les matraquant, en les radicalisant et en les ridiculisant un peu plus chaque soir. 
Cessons aussi de faire de la sensiblerie. Ça amuse la galerie. Ça ne nous amuse pas du tout.